Lettre à ma mère

Maman,

J’ai terriblement mal au coeur. Oui, j’ai des hauts le coeur et je suis étourdie et parfois ça me donne envie de régurgiter, mais c’est d’un mal différent dont j’aimerais te parler. J’ai le coeur brisé, le coeur en miette, le coeur piétiné et écrasé sous une tonnes de remords. J’ai le coeur qui me brûle de l’intérieur, j’ai le coeur serré, j’ai le coeur lourd. J’ai menti. Je mens souvent ces temps-ci on dirait. Pas parce que je commet de mauvaises choses, mais parce que j’ai honte et j’ai peur. J’ai peur de la réaction des gens face à ce que je fais, j’ai peur d’échouer, j’ai peur de m’investir à fond dans quelque chose et de frapper un mur. Alors oui, je me mets des barrières et je m’empêche de réussir. Je me trouve des excuses et des défaites, parce que j’aime mieux être la raison de mon échec. J’ai honte, de qui je suis, de qui je deviens, de qui j’ai envie d’être mais que je ne parviens pas à être, que je ne parviens plus à être.

Tu m’as demandé s’il y avait autre chose qui n’allait pas, outre mes problèmes à l’école. Et j’ai répondu que non. Encore une fois, j’ai menti et j’en suis désolée. Mais c’est quelque chose dont je suis simplement incapable de parler avec toi, ni avec bien des gens d’ailleurs. Parce que j’ai honte et j’ai peur. J’ai honte d’aimer autant et j’ai peur d’aimer autant. Et c’est pour ça que j’ai aussi peur de réussir maman, parce que j’ai investie beaucoup dans une relation qui n’a menée nulle part et j’ai frappé un mur si fort que je suis incapable de m’en remettre aujourd’hui. Et de se relevé une fois par terre, une fois au sol, c’est difficile. C’est difficile surtout quand les gens dont tu as besoin ne sont pas là pour te tendre la main et c’est difficile parce que ceux qui te tendent la main ne sont pas ceux dont tu as besoin en ce moment. Parce que ces gens là, comme toi, tendent la main dans le vide, parce qu’ils ne savent pas ce pour quoi ils tendent la main. Et j’ai besoin de cette main que tu me tends, j’en ai vraiment besoin maman, mais je suis incapable de l’atteindre, je suis incapable d’ouvrir mon coeur à la main que tu agites dans mon visage parce que j’ai trop mal et que je ne veux pas que tes yeux me voient avoir si mal.

La vérité maman, c’est que j’ai le coeur qui pleure. J’ai le coeur emplie de tristesse, de colère et d’amour. J’ai le coeur trop plein. La vérité c’est que je me sens incomprise. La vérité c’est que les gens ne m’écoutent pas. Parce que pourtant j’ai l’impression de crier tellement fort à l’intérieur de moi. J’ai l’impression de hurler ma douleur, et ça maman tu le vois, vous le voyiez tous, mais vous fermez les yeux sur ça. Parce que vous non plus vous ne voulez pas voir la personne forte que j’étais devenir la personne faible que je suis aujourd’hui. La vérité c’est que quand je parle, vous entendez, mais vous n’écoutez pas. Et c’est ça qui fait le plus mal. Vous ne voulez pas comprendre. Et de me répéter que c’est juste une passe et que ça va bien aller ne m’aide pas, peu importe de qui ça vient, ni de toi, ni de papa, ni de personne. Et pourtant c’est la phrase que tout le monde semble utiliser, même mes amis. Parce que de dire que ça va bien aller ne change pas magiquement les choses, et d’entendre sans comprendre ne change pas les choses non plus. Et au bout du compte, c’est peut-être un peu pour ça que je mens aussi. Parce que j’ai pas envie d’expliquer quelque chose qui me fait beaucoup de peine, de prendre le courage nécessaire pour l’expliquer et d’arriver au point où vous ne comprenez toujours pas. D’arriver à cette partie de la discussion où on me dit que finalement, c’est pas un big deal, que c’est pas grave, que “ça va passer”. Well guess what, ça passe toujours pas.

Alors oui maman, je mens. Je mens pour vous protéger de ma peine, mais je mens aussi pour me protéger moi. Me protéger de frapper un mur, de me sentir incomprise, de me sentir insuffisante. Me protéger de tous ça. Parce que moi aussi je me trouve conne d’avoir aussi mal pour si peu. Et je dis moi aussi parce que je vois l’expression dans le visage des gens quand je leur parle de ma peine et je sais qu’ils trouvent ça ridicule. Et je sais que certains s’y connaissent “tellement” là-dedans et que moi, qu’est-ce que j’en sais hein? Qu’est-ce que je sais, moi, de l’amour maman? Parce que j’ai jamais eu de relations sérieuses avant, alors oui, les gens se pensent capables de mesurer les sentiments que j’éprouve. Mais personne est à ma place, personne est dans ma tête, personne est dans mon coeur, alors personne sait vraiment. J’ai partagé quelque chose de fort et d’intime avec une personne qui compte beaucoup pour moi et maintenant j’ai mal, il n’y a rien d’autre à ajouter.

Et oui je fuis la réalité parce que j’aime mieux me convaincre que j’ai pas mal, j’aime mieux me convaincre que j’ai pas tout raté, que j’ai pas tout perdu. Pourtant, chaque fois que je me retrouve seul dans mon lit le soir avant de dormir, je me rend compte que la réalité est encore là. Et après avoir viré une brosse, le lendemain matin, la réalité est encore là. Et après avoir passé la soirée avec des amies ou la journée à faire je ne sais quoi pour me changer les idées, je me retrouve à nouveau seule à la maison, dans mon lit, et la réalité est encore là. Et chaque fois que je réalise que la réalité est là et qu’elle n’est pas prête d’aller nul part ailleurs, chaque fois je réalise que finalement, la peine aussi, est encore là. Et que la peine aussi, ne partira pas. Et je me retrouve dans un cercle infini, et je me noie là-dedans et j’arrive pas à me sortir la tête de l’eau. Parce que la vérité maman, c’est que j’ai le coeur qui pleure. Et qu’à cause de ça, je me retrouve submergé même de l’intérieur. Et je ne peux pas m’en sortir. Je ne suis pas pessimiste dans la vie, mais là, là je ne peux pas m’en sortir. Pas comme ça, pas toute seule.

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