Quitter ma maison

Et au moment où j’ai décidé qu’il était temps pour moi de partir, j’ai senti ses bras se resserer autour de moi. Et de m’en défaire a été l’une des choses les plus pénibles que j’aie eu à faire de ma vie.

Parce qu’il ne voulait pas que je parte, je le sais. Des trucs comme ça, ça se sent. Et là je l’ai senti; son malaise face à la situation, mais surtout sa peine face à cette même situation. Et même s’il ne disait rien, le silence me hurlait dans les oreilles comme une foule en sanglots.

Alors j’ai retiré son bras de ma taille et je me suis levée. De me retirer de son étreinte était comme d’arracher le toit de ma maison. Parce que dans ses bras je me sentais comme chez moi. Parce que dans ses bras je me sentais à ma place. Parce que dans ses bras j’étais à ma place. J’ai séché mes larmes et j’ai ramasser mes affaires qui trainaient sur le sol. J’avais envie de courrir, de partir, de disparaître et de réapparaître chez moi, dans les bras de ma mère.

Dans les bras chaleureux de ma mère, assise sur la vieille chaise berçante avec laquelle elle avait l’habitude de me bercer autrefois. Dans les bras de ma maman, un autre endroit où je me sentais à ma place. Dans les bras de ma mère, à verser toutes les larmes de mon corps et à entendre sa voix maternelle me dire à l’oreille que c’est juste un garçon, que je suis une femme extraordinaire et qu’il y en aura d’autres. Qu’il y a “d’autres poissons dans l’océan”.

Mais pourtant j’étais toujours là, à ramasser mes affaires à pas de tortue, avec faiblesse, avec lâcheté. Parce que c’était plus facile de fuire que de régler le problème. Parce qu’il y a toujours une solution, mais que parfois on préfère ne simplement pas prendre la peine de la trouver. Alors j’ai fermé la fermeture éclaire de mon sac, je l’ai enfilé, et j’ai jeté un dernier regards en direction du lit. En direction de celui qui me causait toute cette douleur, mais qui m’avait, autrefois, rendu tellement heureuse. Un regard désespéré, qui le suppliait de dire quelque chose pour m’empêcher de partir. Et j’ai réalisé, à ce moment précis, que ça ne servait plus à rien.

Que j’attendais après quelque chose qui n’arriverait jamais, ou du moins, pas maintenant. Que j’attendais après quelqu’un qui ne se déciderait pas. J’ai réalisé que de rester planté là, devant lui, comme un poteau, les larmes aux yeux, ne faisait qu’étirer ma souffrance.

Alors j’ai pris le peu de force que j’avais en moi et je lui au murmurer un aurevoir du bout des lèvres. Juste assez fort pour qu’il puisses l’entendre, et juste assez bas pour m’empêcher de fondre en larme devant lui. Et de m’accroupir sur le sol à essayer de ramasser les éclats de mon coeur qui tombait en morceaux.

C’est après ce petit aurevoir à peine audible que je lui ai tourné le dos et que j’ai entamé mon chemin en direction des escaliers. Chaque marche était un pas de plus vers cette triste libération qui m’attendait à l’extérieur. Et arrivé en haut des escaliers, j’ai senti mon coeur battre comme s’il allait me sortir de la poitrine en entendant du mouvement en provenance du sous sol. Et pourtant, un pas à la fois, comme une grande, j’ai poursuivit ma route interminable vers la sortie.

Enfin arrivée devant la sortie, j’ai lever la main, tout en entendant les pas de mon amant monter les marches à toute vitesse, et j’ai dévérouillé la porte. Et comme j’allais ouvrir cette dernière, une présence s’est fait sentir dans mon dos et ses bras se sont enroullés autour de moi. J’étais chez moi à nouveau.

Son souffle dans mon cou, ses bras sur ma taille et ses lèvres me questionnant à l’oreille dans un murmure aussi pathétique que mon “aurevoir”; “es-tu certaine?”

Et j’étais tellement loin d’être certaine, j’étais même certaine du contraire. J’aurais tellement aimé que les choses soient différentes, j’aurais tellement aimé que ma mère aie eu tords de me dire que la vie n’était pas un film. J’aurais aimé l’embrasser et lui faire l’amour avec toute la passion qui débordait en moi à ce moment préci, ici. Là. Maintenant. Sur le plancher de son entré, sur la porte, et partout. Et toute la journée. Mais ce n’était pas raisonnable, non.

Je me suis tout de même tournée vers lui et à mon tour je l’ai serré fort contre moi. Je l’ai serré tellement fort, comme de penser que si je serrais assez fort une réaction chimique quelconque se déclancherait et nos corps resteraient soudés ainsi pour toujours. Et en le serrant contre moi, j’ai fixé le couloir menant vers la cuisine et j’ai gardé mes yeux rivés sur ces vieux cadres suspendus au mur. Le regard vide, les yeux prêts à chuter comme le Niagara. Et j’ai fixé cette photo de lui, enfant, tellement adorable. Cette photo qui me faisait sourire chaque fois que je la regardais. Cette photo de l’enfant heureux et inocent, sans malices, qu’était autrefois l’homme que j’aimais aujourd’hui.

Et j’ai pleuré, j’ai laissé couler les larmes tout en fixant cette simple photo. J’ai pleuré dans les bras de l’homme qui causait toutes ces larmes, en espérant tellement fort qu’il dise autre chose, qu’il parle, qu’il essaye. Qu’il me demande de rester, qu’il me donne une bonne raison de ne pas partir. Mais encore une fois, déception; rien.

Et c’est là que j’ai posé, pour la dernière fois, mes lèvres sur les siennes.

Enfant, on m’a souvent dit que l’amour c’était beau. Jamais on ne m’avait dit que c’était aussi compliqué par contre. On ne m’a pas donné de guide d’instruction, j’ai jamais eu d’explications sur comment ça marchait. Et je n’en aurai sans doute jamais non plus. Mais surtout, on ne m’a jamais parlé d’un guide de survie au sujet de l’amour. Sur comment survivre à un coeur en miette. Sur comment survivre à autant de chagrin. Sur comment survivre sans lui. Comment survivre lorsque l’organe le plus important de mon être est brisé? Et ça aussi, j’imagine que je ne le saurai jamais. On y survie, c’est tout. Avec le temps, ça passe. Y’a pas de remède miracle. Et y’a surtout rien qu’on puisse faire.

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