Le Fuck Friend

Y’a des matins comme ça, où j’me réveille et j’t’en veux tellement pour tout ça. Et j’ai envie, vraiment, de t’dire que c’est ta faute. Et souvent même, j’te blâme pour tout ça. Tout ça; j’parle du feu dans mon coeur qui brûle les p’tits papillons, le noeud dans ma gorge qui m’empêche de hurler quand j’pleure le soir avant d’m’endormir, les cernes sur mes oreillers causées par le surplus de larmes, mon dos qui m’fait mal à force d’avoir été poignardé trop souvent, mon p’tit coeur en miette, pis tout le reste, tout ça. J’t’en veux pour tout ça. Et ça m’fait chier parce qu’au fond j’ai tellement pas l’droit de t’en vouloir.

T’as été fair, t’as jouer franc jeu. J’dis souvent le contraire, mais va falloir que j’arrête de me rentrer la tête dans l’sable pis que j’me l’avoue à moi-même; t’as été honnête. T’as mis tes cartes sa table dès l’début, t’as dicté le contrat, de manière claire et précise, pis je l’ai signé en approuvant d’un hochement de tête. T’as été fair, plus que fair même. C’était juste ça, du sex pour du sex. Histoire que tu te vide les couilles une fois de temps en temps et histoire que moi, de mon côté, j’aie l’impression de recevoir un peu d’affection. Demême t’sais, pour combler l’vide dans mon p’tit coeur. On se l’était promit de pas s’attacher, je l’sais. Pis pour une fois, tu l’as tenu ta promesse. Fallait bin, esti, que ce soit la seule promesse que tu sois capable de tenir. T’sais, juste pour remuer l’fer dans plaie.

On se l’était promit, que ce serait mieux demême, que c’était moins compliqué, qu’on s’devrait rien comme ça, qu’on s’rait libres. On s’était promit de pas mêler notre coeur avec notre cul, je l’sais. Pis j’ai pas été capable de la tenir cette promesse-là, j’m’excuse. C’est ma faute tout ça, je l’sais.

Mais le deal c’était pas ça. On s’était peut-être promit d’pas s’attacher, mais on s’était aussi promit que c’était juste ça. Juste du sex. Rien de plus. Pis là c’tait pu rien de plus. C’tait pu juste ça. C’tait ça au début, le temps qu’on s’adapte, mais dès qu’on est devenu plus à l’aise l’un envers l’autre, la mise a comme changé. Pis le deal s’tait pas ça. Le deal s’tait que j’m’attache pas, mais s’tait aussi que toi tu fasses en sorte que j’m’attache pas. Le deal s’tait du cul, ici et là, pour combler le manque. Pas des p’tits films collés chez vous, pas des tenages de mains en public, pas des p’tites crises de jalousie, pas d’cockblock, rien de tout ça, juste du sex.

J’ai signé un contrat qui m’promettait d’avoir ce que je voulais l’espace d’une rencontre d’une heure ou deux, une fois semaine genre, peut-être même moins. Pis le une heure s’est tranquillement transformé en trois heures, pis le une fois semaine s’est transformé en deux, et ainsi de suite. Pis les rencontres tard le soir se sont transformés en nuits. Pis du jour au lendemain tu m’serrais collé collé en cuillère dans ton lit toute la nuit, même après avoir eu c’que tu voulais. Pis du jour au lendemain t’as décidé d’pu aller voir ailleurs parce que j’te suffisait. Pis du jour au lendemain tu t’es mis à utiliser des expressions comme “j’suis bien” pis “j’m’ennuie“. Pis du jour au lendemain tu t’es mis à affirmer auprès d’tes amis que j’tais à toi. Pis du jour au lendemain les frenchs se sont transformés en baisers. Pis du jour au lendemain tu t’es mis à m’regarder direct dans les yeux en m’faisant l’amour, parce que du jour au lendemain s’tait pu juste une baise, parce que du jour au lendemain le sex s’était comme transformé en plus que ça. Pis que finalement, du jour au lendemain, t’as comme brisé toutes les règles préétablies de notre contrat. Pis ça ça changé la donne.

Pis tout d’un coup, bin y’a comme une routine qui s’est installée. Pis j’étais bien, j’dis pas le contraire, j’tais plus que bien là-dedans. J’aimais ça m’sentir apprécié de toi pour plus que juste une baise. J’aimais ça savoir que même les couilles vides, j’te plaisait encore. J’aimais ça allé chez toi, tard le soir après êtres sortie avec mes amies pis juste me coucher à côté de toi, collés. J’aimais ça aller dormir chez vous pis réaliser que ce soir, t’en avait pas envie. Parce que t’avais quand même voulu me voir quand t’avais pas envie d’cul. Parce que finalement ce soir-là, t’avais juste eu envie d’ma présence, pis ça ça m’suffisait, ça nous suffisait. J’aimais ça dormir chez vous après qu’on soit sortis avec des amis. Parce que t’acceptait de nous afficher comme ça, devant ceux qui compte le plus pour nous. J’aimais encore plus ça quand on allait dormir chez vous pis qu’avant d’rentrer tu m’disais d’pas faire de bruit pour pas réveiller tes parents. J’aimais ça parce que ça voulait dire que j’allais les croiser le lendemain matin pis qu’ça t’dérangeais pas qui sachent que j’existe. J’aimais ça partir de chez vous le lendemain après que tu m’aies fait à déjeuner. Parce que ça m’donnait pas l’impression qu’t’avais juste hâte que j’criss mon camp. J’aimais ça que tu m’accompagnes jusqu’à la porte pis qu’tu m’embrasse en m’souhaitant une bonne journée juste avant que j’parte. Parce qu’après ce geste-là, c’tait clair que j’pouvais pas passer d’mauvaise journée. J’aimais ça comment c’tait simple nous deux, tout en étant tellement compliqué. J’aimais ça comment j’avais d’la misère à nous déchiffrer en présence des autres, mais que tout les doutes s’évaporaient quand on s’retrouvait seuls ensemble. J’étais bien. Messemble qu’on était bien tous les deux.

Je l’sais qu’on se l’était dit, qu’on s’attacherait pas. Je l’sais j’te l’ai promit pis cette promesse-là je l’ai pas tenue. Mais t’as changé les règles du jeu, pis c’était pas pour ça qu’j’avais signé moi. T’as planté une graine dans mon coeur pis t’en a pris soin chaque jour comme si c’tait la chose la plus importante du monde. Tu l’as arrosé en masse de beaux compliments pis de p’tites attentions. Pis tu y en a envoyé du soleil, à c’te p’tite fleur-là qui poussait tranquillement, en m’faisant rire et sourire comme seul toi pouvait l’faire. T’as planté un jardin d’fleurs dans mon coeur pis tu t’es étonné qu’ça donne un aussi beau résultat. Trop beau même. Trop pour ce à quoi tu t’attendais.

Pis là t’as compris; le jardin fallait qu’tu t’en occupes, pis ça, t’étais pas prêt à l’faire. Tout d’un coup c’tait comme trop d’responsabilités pour toi. Faque tu t’es empressé d’prendre les cartes, que t’avais laissé bien en évidence sur la table au départ, pis tu m’les a étampées dans l’front. Pour être certain que j’les vois comme du monde, mais aussi pour être certain que ça fesse bin comme il faut. Pis tu t’es empressé d’me r’dire que mon jardin, c’était à moi d’m’en occupé, pis qu’toi tu t’occuperais du tiens. Que c’tait ça le deal, que ça avait toujours été ça.

J’t’en veux pas tu sais, j’ai pas l’droit d’t’en vouloir. T’as été fair, t’as joué franc-jeu avec moi. C’pas d’ta faute, t’sais. C’est moi qu’y’est tombé en amour au mauvais moment, avec la mauvaise personne. J’ai voulu crosser l’système en essayant de déjouer les règles du contrat pis ça pas marché. C’pas ta faute, c’est la mienne. Pis y’a des jours où j’m’hais pour ça, pis d’se détester soi-même c’est dur pour l’estime. Faque j’trouve ça plus facile me convaincre que j’t’hais toi à place.

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